Votre thèse porte – c’est en partie son titre* - sur l’étude des déformations crâniennes intentionnelles dans la culture Paracas (800 avant – 100 après J.-C).  Pour cela, vous avez réexaminé 311 défunts inhumés dans les tombes, les cavernes et la nécropole de Wari Kayan à Cerro Colorado, au sud du Pérou. Qu’est-ce qui vous a conduit à vous intéresser tout spécialement à ces restes humains mis au jour par l’archéologue péruvien Tello dans les années 30 ? J’ai consacré mon premier travail de recherche à l’étude des pratiques funéraires Nasca en analysant différents contextes mortuaires du centre cérémoniel de Cahuachi situé dans la vallée de Nasca (Projet Nasca dirigé par G. Orefici). L’impressionnante déformation crânienne de certains défunts a attiré mon attention mais, à l’époque, je me suis contentée de la décrire sans pouvoir en comprendre la signification. J’ai donc poursuivi cette quête durant ma thèse de doctorat en étudiant les contextes funéraires du site de Cerro Colorado. Comment se présente le site du Cerro Colorado et le pourquoi de son choix ? Le Cerro Colorado est une colline de sable ocrée de 124 m d’altitude située à l’entrée de la péninsule Paracas sur la côte sud péruvienne. Le site archéologique se compose de trois terrasses naturelles dans lesquelles les Paracas ont creusé des tombes, des cavernes et la nécropole de Wari Kayan pour inhumer plus de 1000 défunts entre 400 avant et 100 après J.-C. C’est l’archéologue péruvien J. C. Tello qui découvrit ce fameux site de 1925 à 1930 et dont les textiles sont aujourd’hui connus mondialement. Le corpus important de défunts et leur exceptionnelle conservation constituent une source d’information unique et précieuse que j’ai choisi d’exploiter afin de mieux comprendre la société Paracas. Vos travaux ont été menés à partir d’une méthode originale dans cette région andine, laquelle ? Mon approche est en effet inédite car j’ai choisi de ne pas étudier uniquement les crânes déformés en laboratoire comme cela a été le cas des anthropologues depuis le XIXe siècle : Morton en 1846, D’ Orbigny en 1839 et Imbelloni en 1933. Le contexte funéraire est au centre de mon travail de recherche. L’analyse biologique de l’ensemble du squelette a été envisagée tout en portant une attention spécifique aux gestes funéraires selon les préceptes de l’archéothanalogie enseignée par l’anthropologue français H. Duday. L’étude détaillée de plus de 1700 archives inédites a complété ces données biologiques. A l’étude des corps vous ajoutez l’observation des représentations anthropomorphes sur les céramiques et les textiles. Dans quelle perspective ? J’ai étudié un corpus de céramiques et quelques représentations textiles afin de comprendre comment les paracas représentaient leur propre corps. Les statuettes en sont le meilleur exemple puisqu’elle font apparaître, en trois dimensions, les mêmes marquages corporels observés sur les squelettes et les momies analysées : allongement de la tête, Les déformations crâniennes paracas : “une marque d’identité imprimée sur l’os” SUD PÉROU Lucie Dausse Docteure en archéologie précolombienne. Chercheure associée au laboratoire ArchAm (UMR 8096-CNRS) et à l’IFEA (Lima, Pérou). Crâne déformé Paracas (photo Lucie Dausse)