Teotihuacan. La cité des Dieux 6 octobre 2009. Premier jour de l'exposition « Teotihuacan. Cité des Dieux » au musée du Quai Branly. Il est 13 h 41 (c'est écrit sur mon billet) quand je quitte la caisse après une courte attente. Direction : la Galerie Jardin. Le temps de passer la sécurité et d'entrevoir l'épais catalogue de l'exposition (42 euros) et me voici sur les lieux. À cet instant, j'entends encore Brigitte Faugère* souligner, lors d'une conférence à la Maisons des Amériques Latines, fin janvier 2009, combien le regard des scientifiques a changé ces dernières années sur Teotihuacan, l'ancienne métropole mexicaine**. La plus grande cité précolombienne. Depuis que les archéologues ont creusé des tunnels au cœur des pyramides du Serpent à Plumes et de la Lune. Certes, ils ont découvert ainsi les étapes de leur construction, des empilements d'édifices (7 temples-pyramides superposés par la pyramide la Lune), mais aussi, à chaque élévation nouvelle, à chaque consécration, d'impressionnants dépôts d'offrandes. Pas seulement des céramiques, des coquillages, de longues lames d'obsidienne en forme de serpent à sonnette ou des restes d'animaux (félins, canidés, oiseaux). Mais des amoncellements de squelettes humains. Ceux de prisonniers. Des étrangers suppliciés, bâillonnés, mains attachées dans le dos. Voire des dépôts de têtes coupées. Des victimes sacrificielles parfois richement parées, aux corps regroupés par 4, 8, 9, 18 et 20 (renvoyant aux calendriers rituels et solaires mésoaméricains). Déjà, en 1985, la fouille du Temple du Serpent à Plumes avait permis de dégager les restes de 18 individus sacrifiés. Mais dominait alors l'idée d'une cité administrée par un gouvernement théocratique, et non pas militaire comme les chercheurs l’affirment désormais. Exit, en tout cas, l'image d'une société pacifique. Car des guerriers de haut rang figuraient parmi les sacrifiés retrouvés récemment. Comme en témoignent les disques de pyrite qu'ils portaient à la ceinture. Une autre découverte ― encore plus fraîche ― conforte les données nouvelles : les  frises monumentales retrouvées dans le complexe palatial de Xalla. L’une de ces sculptures monumentales, large de plus de deux mètres, marque l'entrée de l'exposition. Elle représente un jaguar coiffé de plumes, aux attributs guerriers qui décorait, peut-être, le siège administratif de Teotihuacan. Comme le laisse à penser l'emplacement (le palais est situé entre les pyramides de la Lune et du Soleil), l'architecture imposante, et ces réserves de mica, un matériau convoité pour son pouvoir réfléchissant. Mais chut ! La visite commence... Deux axes, quatre grands quartiers Première vision d'ensemble. Au fond de la salle : la barre orangée des vitrines, coiffées par des silhouettes d'éléments d'architecture en escalier caractéristiques de la cité. Devant, au premier plan : la reproduction du cœur de Teotihuacan. Une gigantesque maquette blanche parcourue par une nappe de lumière en mouvement. Les concepteurs ont poussé le détail jusqu'à orienter fidèlement la maquette et la prolonger par le marquage au sol ―  sur l’ensemble de d’exposition ―  de la carte topographique de Teotihuacan. Point de repère : l'Allée des morts, axée nord-sud. À l'échelle 1/100e, et sur cette maquette de 5 mètres de large, ne figurent que des tronçons. Il n’empêche : elle mesure déjà 10 mètres de long ! À l'est de cet axe : la « Citadelle » (abritant le Temple du Serpent à plumes recouvert par la pyramide du même nom). Juste en face, à l'ouest : le « Grand Ensemble »  lieu où se tenait probablement le marché*** de Teotihuacan. Plus au nord, à l'est de l'allée : la  pyramide du Soleil (la plus élevée du site****). L'allée se termine aux pieds de la pyramide de la Lune, extrémité septentrionale de la maquette. Pour l'heure, les visiteurs sont happés par deux vidéos. La première montre la topologie du site, son organisation spatiale. À plus de 2250 mètres d'altitude. La seconde est aussi instructive. J'en retiens ces informations. Tous les monuments sont orientés en fonction des astres et, notamment, du soleil. La rivière San Juan qui traverse la cité et qui l'alimentait en eau, a été détournée de son cours naturel pour lui donner précisément un axe est-ouest qui, coupé perpendiculairement par l'Allée des morts, divisait Teotihuacan en quatre grands quartiers. En quatre pétales soulignent les chercheurs. À l'image de la grotte sacrée (tout à la fois monde d'en bas, des Ancêtres et de l'eau) située sous***** la pyramide du soleil et qui se termine, tel un trèfle à quatre feuilles, par quatre cavités creusées dans la roche. A l'intersection des axes nord-sud et est-ouest : le « nombril » de Teotihuacan : le « Grand ensemble » et la « Citadelle » dont l'enceinte sacrée  renferme un complexe architectural de plus de 160 000 m², intégrant outre le temple de Quetzalcoalt et une esplanade ― susceptible d'accueillir tous les habitants de la cité ! ―, des habitations, plates-formes et soubassements pyramidaux. Une cité pluriethnique Autre donnée : au deuxième siècle de notre ère (Teotihuacan a été créée vers 150 av. J.-C), un tiers de la population se consacrait à d'autres activités que l'agriculture******. Aux prêtres, s'ajoutaient les commerçants, les artisans et tous ceux qui exerçaient des petits métiers indispensables à la vie de la cité ― marchands ambulants, porteurs, etc — et à son entretien. Car la cité disposait d'un important système d’approvisionnement en eau et d’un réseau d’assainissement. Par ailleurs, ses murs et édifices, largement peints, nécessitaient d'être fréquemment rafraîchis. Sur le plan artisanal, le travail de l'obsidienne, grise ou verte, était florissant. Le verre volcanique extrait de gisements voisins servait à fabriquer des objets tranchants (outils, pointes de flèches, couteaux...) qui s'exportaient. En échange de plumes ou de jadéite, par exemple. Dans des contrées lointaines où les relations commerciales précédaient souvent des alliances stratégiques. Mais revenons à la cité. À son apogée, entre 350 et 550 apr. J.-C., la ville occupait 20 km² et comptait près de 100 000 habitants et plus de 2000 ensembles résidentiels. Chacun, ceint d’un mur aveugle et ouvert sur l’extérieur par une ou deux entrées, abritait de plein pied et sous un même toit plat plusieurs familles. Les pièces s’ouvraient sur des patios dont l’un réservé au culte. Ces familles partageaient la même activité et la même origine ethnique. Le fait est que Teotihuacan hébergeait des Mayas, des Zapotèques et des natifs de la Côte du Golfe et de l'occident mexicain. La cité a été incendiée et vandalisée en 550. Elle sera laisser à l’abandon au 8ème siècle. Recouverte par la végétation, la métropole sera « fouillée » en premier par les Aztèques émerveillés par leur découverte. Ils s'en inspireront fortement, y compris sur le plan religieux et architectural, et donneront le nom de Teotihuacan à la cité. En nahuatl, cela signifie  : “ Le lieu où naissent les Dieux “. Reste que les Aztèques et tous les archéologues réunis n'ont fait que des trous d'aiguilles dans l'immensité du site. 95 % de Teotihuacan n'a pas encore fait l'objet de fouilles systématiques. Les zones d'ombre sont nombreuses. Parmi les interrogations : comment expliquer la disparition brutale de la ville après huit siècle d'existence ?  La visite   se         Vase stuqué. Tetitla. Classique. 450-550 apr. J.-C Céramique, stuc et pigments. 15 x 16,3 cm Ymago. INAH-MNA ; 10-79930 Divinité. Pyramide de la Lune. Dépôt 2. Vers 250 apr. J.-C. Pierre verte et coquillages. 30,58 x 11,04 x 7,6 cm. Ymago : INAH-Musée du site de Teotihuacan. 10-614783 0/3 Couteau en forme de serpent. Pyramide de la Lune. Dépôt 6. Vers 250 apr. J.-C. Obsidienne grise. 7 x 39 x 1,5 cm. Ymago : INAH-Musée du site de Teotihuacan ; 10-615741 L’allée des morts vue de la pyramide de la Lune.  A gauche de la photo : la pyramide du Soleil. © Claude Joulin Affiche de l’exposition. Ymago. Musée du Quai Branly Art précolombien : un passionné nous ouvre son Journal