De l’art plumassier aztèque Fait unique en France, le musée des Jacobins, à Auch, expose trois tableaux en mosaïques de plumes réalisés par des artistes aztèques. En quoi ces œuvres sont-elles extraordinaires ? Bien que l’art plumassier existât déjà dans nos contrées, les œuvres de plumes américaines arrivées en Europe dès le tout début du XVIe siècle – du Brésil notamment – connurent un immense succès pour la variété des couleurs et des formes (coiffes, parures, capes). La conquête du Mexique devait considérablement accentuer ce succès. De tous les présents et les trophées de guerre rapportés du monde aztèque par les conquistadors, les œuvres de plumes ont été certainement les plus appréciées en Europe. Par la suite, l’Église, christianisant les Indiens, allait lui confier un rôle majeur et faire d’elle son ambassadeur auprès du Vieux monde. Durant les trois siècles de présence coloniale, un art nouveau se développera, essentiellement religieux, à la confluence des deux mondes : mélange des influences européennes et des techniques indigènes. Nombreuses et variées furent les œuvres ainsi créées, réalisées uniquement en plumes ou associées aux pierres précieuses, à l’or, à la pâte de maïs ou à d’autres matériaux : calices, tabernacles, croix, statues de saints, scènes bibliques en trois dimensions, vêtements liturgiques (mitres et chasubles) et surtout images sacrées. Environ 180 œuvres de plumes de la Nouvelle-Espagne peuvent être aujourd’hui comptées dans le monde. Les images sont les plus nombreuses. Parmi elles, cinq tableaux en mosaïques de plumes sont abrités en France. Le seul Musée des Jacobins, à Auch, dans le Gers, en expose trois : La Messe de saint Grégoire (XVIe siècle), le Triptyque de la Vierge à l’Enfant (en dépôt du château-musée de Saumur), daté du XVIIe siècle, et une œuvre récemment acquise par le musée : La Sainte Trinité et la sainte Famille, fin XVIe – début XVIIe siècle. Quant à l’aspect extraordinaire de ces tableaux de plumes, il tient au fait qu’il s’agit de véritables mosaïques, où les tesselles de pierres sont remplacées par de petits morceaux de plumes découpés au millimètre, avant d’être collés avec de la colle issue de l’orchidée sur un support en coton ou en feuilles d’agave. On ne peut apprécier le méticuleux travail des artistes aztèques qu’en se rendant aux musées pour découvrir ces oeuvres, de visu, plutôt qu’en photos. Vous parliez de cinq œuvres en France. Où sont les deux autres ?  Le public peut découvrir le Triptyque de la Crucifixion (XVIe siècle) au musée de la Renaissance à Ecouen, en région parisienne. En revanche, la mosaïque de plumes représentant Notre Dame et saint Luc (XVIIIe siècle) n’est toujours pas visible. L’œuvre demeure, pour l’instant, dans les réserves du Musée du Quai Branly à Paris. Ces plumes, de quels oiseaux proviennent-elles ? Nous  devons  au  frère  franciscain  Bernardino  de  Sahagún d’avoir www.rouillac.com/.../sdoc-3602-Tableau%20de%20plumes%20complet...‎ Détail du tableau en mosaïque de plumes figurant la Sainte Trinité et la Sainte Famille. Chasse aux canards. Codex de Florence. XVIe siècle Bibliothèque Laurentienne http://www.rouillac.com/Cheverny/Cheverny_2013/ MOSAQUE_DE_PLUMES_MEXIQUE_XVIIE_SICLE/384-FR-Plumas_Universite La Messe de Saint Grégoire La Sainte Trinité et la Sainte Famille Les Jacobins, à Auch, 2ème musée     d’Art précolombien en France Pascal Mongne Historien d’art américaniste. Docteur en archéologie précolombienne.                                  Ecole du Louvre. Paris