Interviewes des chercheurs, abécédaire illustré, expositions, rencontres, sites, etc Ethno-historienne chargée de Cours à l’Université Ouverte de Paris VII-Diderot                     Les prêtres aztèques      et l’autosacrifice du milieu de la nuit   Nathalie Ragot Pourquoi vous intéressez-vous aux rituels nocturnes aztèques ? C’est en assistant à un séminaire de l’Université de Nanterre – Anthropologie de la nuit  – organisé par Aurore Monod-Becquelin et Jacques Galinier, que je me suis rendue compte que les ethnologues avaient plein de choses à raconter sur les rituels et les croyances nocturnes. En les écoutant, il m’est vite venu à l’esprit que les sources relatives aux Aztèques et à la nuit pouvaient contenir des informations riches d’enseignements et j’ai, dès lors, commencé à m’y intéresser... Vous voulez dire que ce domaine n’avait jamais fait auparavant l’objet de véritables recherches ? Il n’y a jamais eu jusqu’ici de monographie sur la nuit et ses représentations. Les seuls spécialistes à avoir écrit quelques lignes sur la nuit sont Eduard Seler, Herman Beyer et Katarsyna Mikulska. Aussi étrange que cela puisse paraître, c’est encore un vaste terrain d’étude à défricher... Comment les Aztèques représentaient-ils la nuit ?  Sur le plan iconographique, les codex mais aussi la statuaire et la céramique donnent à voir de nombreux exemples. De façon très caractéristique, la nuit est toujours représentée par un rectangle à fond noir avec des points d’un noir plus soutenu. Souvent, en bordure ou au centre, figurent deux cercles l’un dans l’autre, moitié rouge et moitié blanc, qui symbolise l’étoile. Les étoiles ont toutes la même forme... Non, certaines sont représentées sous la forme de petites gouttes, d’autres par des ronds blancs ou des ronds moitié rouges et moitié blancs. Je soupçonne que les ronds noirs sont aussi des étoiles. En revanche, l’iconographie de « la Grande étoile », celle qui est à la fois « Étoile du matin » et « Étoile du soir », autrement dit la planète Vénus, nous apparaît plus complexe et montre souvent des pointes ou des pétales qui tombent. Les Indiens disent encore que Vénus est « fléchante » comme un archer. Les Aztèques en connaissaient le cycle, de même qu’ils étaient parfaitement informés des mouvements des étoiles, groupes d’étoiles (Pléiades) ou constellations (Grande Ourse, Orion...). Des prêtres étaient dédiés à l’étude de la nuit. C’était une fonction, avec un titre précis. Ceux qui occupaient cette charge avaient un savoir qui résultait de la transmission de plusieurs siècles d’observation du ciel. Ils pouvaient d’autant mieux le contempler qu’à l’époque il n’y avait pas de « pollution lumineuse », aucune lumière parasite alentour, à part – peut-être –  celle des feux allumés en permanence dans la cour des temples et au sommet des pyramides. La nuit, sans horloge, comment avaient-ils la notion du temps ? Le fait est qu’on ne connaît pas de système d’horloge à eau en Méso-Amérique (rires). C’est encore une fois la parfaite connaissance qu’avaient du ciel les prêtres spécialistes qui leur faisait décider que l’heure était venue d’exécuter tel ou tel rituel, avant de sonner de la trompe et de faire résonner les tambours pour avertir les autres temples de la cité. C’est ce que l’on peut reconstituer en s’appuyant sur les manuscrits que nous ont laissé, notamment, Bernardino de Sahagún et Diego Durán. Selon moi, les Aztèques parvenaient à définir les différents moments qui structurent les temps de la nuit à partir des mouvements des astres. C’est encore ce qui se passait, il y a peu, au sein des communautés indiennes. Jusque dans les années 80, des paysans qui n’avaient pas de montres parvenaient à lire l’heure, à quelques minutes près, par la seule observation du ciel. Vous parlez des différents moments de la nuit. Quels étaient-ils ? La terminologie nahuatl fait état d’un découpage de la nuit marqué par la fin du crépuscule, le moment où les Aztèques allaient se coucher, le milieu de la nuit et un peu avant l’aube. Cette division était précise, même si cela devait sensiblement bouger. Expliquez-nous... Comme l’heure du coucher et du lever du soleil évolue au fil des En dehors du soleil et de la lune,  les Aztèques s’intéressaient aux mouvements de Vénus, des Pléiades et de la constellation d’Orion... Représentation de la nuit étoilée Codex Mendoza Fol.63 r (Dessin Nathalie Ragot)