Interviewes des chercheurs, abécédaire illustré, expositions, rencontres, sites, etc Comment  accède-t-on  au  site  de  Quiriguá et qu’y voit-on en   premier ? Depuis la Carretera al Atlántico, un des principaux axes routiers du Guatemala, il est difficile d’imaginer le spectacle qui vous attend dans le parc archéologique de Quiriguá. Au km 204, en venant de la capitale (la ville de Guatemala), il faut tourner à droite pour s’engager sur une voie secondaire qui traverse de monotones plantations de banane. Quatre kilomètres plus loin, vous entrez dans le parc situé sur le bord droit de la chaussée. Quelques mètres au-delà de cette symbolique limite, le paysage change totalement, au point que l’on se trouve désormais, comme Arthur Conan Doyle dans son Monde Perdu (1912), sur une « terre de merveilles ». Un sentier conduit vers un bois luxuriant où résonnent les chants d’amour, les litanies, les protestations et tous les insouciants échanges du règne animal… Ce sentier mène à une vaste place où sont réunies les sculptures qui font la renommée de Quiriguá. Protégés par des abris de bois et de feuilles de palmier corozo, évoquant des baldaquins, ces monuments de grès montrent des reliefs complexes et, pour l’observateur attentif, de discrètes traces de peinture rouge. Les stèles, qui rappellent celles de Copán, au Honduras, sont couvertes de représentations de rois en majesté et de longs textes hiéroglyphiques. La plus imposante, la Stèle E, atteint une hauteur de 10,66 mètres et un poids de 60 tonnes, ce qui en fait le plus grand monolithe de l’Amérique précolombienne. En dehors des stèles, la sculpture monumentale de Quiriguá comprend un panneau, des autels et des « zoomorphes ». Ces derniers constituent des créations très caractéristiques du lieu. Leurs reliefs complexes associent des monstres mythologiques, des souverains et des inscriptions. La Grande Place de Quiriguá, d’une longueur de 300 mètres, est délimitée par des vestiges de plateformes sur ses côtés nord et est, et au sud, par un terrain de jeu de balle et l’Acropole, à laquelle on accède par un escalier monumental. Sur l’Acropole se dressent les ruines d’édifices qui servaient de résidences pour l’élite politique, ou de structures administratives. Dans les alentours, d’autres édifices continuent de reposer sous leur couverture végétale. Ils donnent une petite idée de l’aspect que devait avoir le site, à l’arrivée des premiers explorateurs… Quand fut-il réellement étudié ? L’étude de Quiriguá commence, timidement, en 1840. L’artiste anglais Frederick Catherwood, invité par les propriétaires du terrain, parcourt les ruines et y dessine deux stèles. Ses observations et dessins sont publiés, l’année suivante, par son collègue américain John L. Stephens, dans le célèbre livre Incidents of Travel in Central America, Chiapas and Yucatan, qui fait connaître au monde l’intrigant legs des anciens Mayas. On peut lire dans cet ouvrage, au sujet de Quiriguá : « Son nom s’est perdu, son histoire demeure mystérieuse… ».  En 1854, le médecin autrichien Karl Scherzer consacre un rapport plus étendu aux ruines, mais c’est au Britannique Alfred Percival Maudslay que nous devons la conduite des premiers grands travaux archéologiques à Quiriguá, entre 1881 et 1894. Les trois jours que Maudslay passe sur le site en 1881 sont déterminants pour la suite de la carrière de cet intrépide chercheur, qui explique dans Biologia Centrali Americana (1902) : « Un voyage effectué simplement pour échapper aux rigueurs de l’hiver anglais fut suivi de sept expéditions entreprises depuis l’Angleterre, afin de mener plus d’explorations et de recherches archéologiques » dans l’aire maya. Au cours de ses quatre visites à Quiriguá, Maudslay ne ménage pas ses efforts, nettoyant et photographiant les monuments, réalisant des moulages d’inscriptions hiéroglyphiques, effectuant des fouilles et dressant un plan des ruines. En 1910, l’entreprise bananière américaine United Fruit Company achète les terrains où se trouve le site, mais celui-ci est devenu trop célèbre pour être ignoré. La United Fruit décide de lui consacrer un parc archéologique - une île, dans un océan de plantations... Dans les premières décennies du XXème siècle, les archéologues Edgar Lee Hewitt et Sylvanus Morley entreprennent à leur tour des recherches à Quiriguá, avec l’appui de l’Institut Archéologique d’Amérique et de la Carnegie institution de Washington. Un projet plus étendu est dirigé par Robert Sharer (Université de Pennsylvanie), en collaboration avec l’Institut d’Anthropologie et d’Histoire du Guatemala (IDAEH) de 1974 à 1979. La Direction Générale du Patrimoine Culturel et Naturel du Guatemala, qui assume la gestion du parc dans les années 1980, Vue aérienne et plan du parc archéologique de Quiriguá Source : Ministère de la Culture et des Sports du Guatemala Le sentier conduisant à la Grande Place de Quiriguá.  Photo : S. Perrot-Minnot Stèles de la Grande PlacePhoto : S. Perrot-Minnot                     Le Zoomorphe B (780 après J.-C.). Photo : S. Perrot-Minnot            Quiriguá, cité portuaire maya                                               Sébastien Perrot-Minnot            Docteur en archéologie de l’Université de Paris 1 (Panthéon-Sorbonne) Membre correspondant de l’Académie de Géographie et d’Histoire du Guatemala de la vallée du Motagua (Guatemala)