valves, mais aussi de gros escargots comestibles semblables à nos escargots de Bourgogne. Parlez-nous du spondyle... L’Équateur est la région du spondyle,  produit d’échange par excellence. C’est un coquillage coloré aux valves rouge, orange ou violet qui a constitué la matière première décorative de très loin la plus appréciée des populations précolombiennes. Davantage que les pierres et les métaux précieux. Le spondyle ne vit que dans les eaux chaudes, c’est pourquoi on ne le trouve pas sur les côtes du Pérou ou du chili bordées par le courant froid de Humboldt. Par ailleurs, le spondyle s’avère être un précieux indicateur climatique. Les écarts de température font qu’il se déplace et se rapproche plus ou moins des plages. Une recrudescence de spondyles annonce un Niño, un réchauffement des eaux... Les Andins  l’associaient à la pluie qui peut-être catastrophique, mais aussi fertilisante. C’est à ce titre que le spondyle était offert en offrande jusque dans la sierra au Pérou. La partie colorée de la coquille du spondyle était travaillée pour fabriquer des éléments tels que des perles, des pendentifs, extrêmement valorisés. De quand datent les divers objets découverts ? La majorité d’entre eux date de la première partie de la Période d’Intégration, entre environ 700 apr. J.-C. et 1100 apr. J.-C. Nous avons retrouvé les évidences d’une occupation pendant la seconde partie de la Période d’Intégration, mais les phénomènes d’érosion, après l’abandon du site, ont fait que nous n’avons pas de datations possibles par le Carbone 14. En affleurant sur le sol, les vestiges qui contenaient des charbons ont été contaminés. Par contre les tolas, dans leur état actuel, reflètent la partie la plus tardive de cette  occupation préhispanique. Quelle est la dimension du site ? La soixantaine de tolas à laquelle se réfèrent nos travaux s’inscrit dans un périmètre d’environ 20 hectares. Mais on s’est rendu compte que d’autres groupes de tolas sont visibles sur une longueur de quasiment deux kilomètres, le long de la lagune qui borde le site. La zone occupée devait couvrir une surface beaucoup plus importante dont nous n’aurons jamais une vision exacte car des salines industrielles et des cultures de crevettes récemment créées au bull-dozer ont détruit toutes les traces précolombiennes.  Les Manteños ont-ils été au contact des Incas ? Aucun objet manufacturé de style inca n’a été retrouvé sur le site de Japotó, ni sur la plupart des sites côtiers de l’Équateur. Il n’existe  que  quelques rares  exceptions de telles découvertes qui demeurent très ponctuelles. Si les Incas avaient à l’époque conquis la sierra, ils n’avaient sans doute alors que des alliances ou des conventions de non agression avec les populations de la côte. Mais il est fort possible qu’ils se préparaient à la conquérir. Les Chroniques espagnoles rapportent que le seigneur d’une population maritime a eu le rare privilège de se présenter, porté dans sa litière, devant l’Inca... Cela concerne une autre population côtière de la région de Chincha, au Pérou, un peu au sud de Lima. Ce Seigneur a effectivement été le seul autorisé à apparaître devant l’Inca porté sur une litière à bras. Lorsque Pizarre interroge l’Inca, qu’il a fait prisonnier à Cajamarca, sur le dit Seigneur, il s’entend répondre que ce personnage important possède des centaines de radeaux qui voguent sur le Pacifique. Cela reflète la force de ces populations maritimes qui ont une sorte de monopole du trafic et du commerce maritime le long des côtes du Pérou ou de l’Équateur. Pensez-vous que ces deux populations, les Manteños et les Chinchas, ont un temps été concurrents ? Non, parce que de nombreux kilomètres les séparent et qu’ils ne pouvaient certainement pas être parcourus en entier par voie maritime. L’on sait, en revanche, que les Manteños pratiquaient un commerce de cabotage et s’éloignaient  parfois de la vue des côtes, mais une bonne partie du trafic se faisait depuis la côte équatorienne vers le Pérou, du nord vers le sud, par voie terrestre. Là, des caravanes de lamas remplaçaient le fret maritime. Les Manteños s’étaient-ils assurés de la sécurité de la côte ? Ils étaient quelquefois soient en conflit avec leurs proches voisins de la région de Tumbes et affrontaient régulièrement les habitants de l’île de la Puna, à proximité de Guayaquil, afin de s’assurer une sorte de monopole du trafic dans la région côtière du sud. Pour la zone centrale de l’Équateur, il ne semble pas qu’il y ait eu véritablement de heurts. Les Manteños, vraisemblablement, ont répandu une sorte d’unification culturelle et économique qui portait sur toute cette région. Par ailleurs, ils disposaient d’enclaves jusqu’à la frontière colombienne. Dans la région  d’Esmeraldas, le site d’Atacames (sur la côte nord de l’Équateur) est occupé par des Manteños qui y font escale sur leur route de navigation à l’époque qui précède la Conquête,. Revenons aux tolas.  Sont-elles faciles à fouiller ? C’est de la terre de tout venant. Le problème, c’est que les Manteños n’hésitaient pas à prendre la terre d’une tola pour la déposer sur une autre, dans le but de la surélever ou de faire une réfection. L’analyse stratigraphique d’une tola peut ainsi facilement tromper l’archéologue. Il ne reste rien des édifices construits sur les monticules... Ils étaient construits en bois, avec des matériaux végétaux pour couvrir les toitures. Dans ce climat chaud et souvent humide, tout a fin par pourrir ou brûler. Sait-on, au moins, si ces édifices avaient une fonction domestique ou cérémonielle ?   Le plus souvent domestique, semble-t-il. Car nous retrouvons des traces d’occupation et, en particulier, de cuvettes de foyer. Ce qu’on appelle des fours manabi, des fosses à braises, telles que celles utilisées de nos jours par les populations de la région rurale de Manabi, et dans lesquelles on pose des récipients de cuisson pour faire bouillir ou mijoter la nourriture. Cela nous donne de bons indices sur la fonction d’habitation des édifices. Très prisées, les coquilles de spondyles servaient à réaliser divers ornements Exemples des constructions précaires modernes. Sans doute les édifices bâtis en matériaux périssables sur les tolas devaient-ils leur ressembler ? © Jean-François Bouchard © Jean-François Bouchard Reconstitution d’un radeau en balsa manteño Musée du centre culturel de Manta, Équateur Spondyle princeps © CGB présence de poissons de fond ne vivant pas au bord, de bonites et de thons montre que les Manteños n’hésitaient pas à s’éloigner des côtes.  Ils complétaient cette pêche par le ramassage de divers mollusques et bi-