Et les 18 corps ? Ils ne faisaient pas partie du dépôt et nous ne savons pas où ils sont. Mais il faut bien comprendre que tout cela n’est pas dû au hasard, car le nombre 18 est important dans la symbolique mésoaméricaine. Expliquez-nous… Tous ces dépôts sont clairement liés à la numérologie. Le nombre d’individus, le nombre de dépôts ou de tels ou tels artefacts correspond à des chiffres ou à des nombres qui ont une valeur symbolique sur le plan des calendriers ou de la représentation de l’univers. Ils expriment deux notions, l’une spatiale, l’autre temporelle. Des siècles plus tard, les Aztèques pratiquaient les mêmes rituels… L’inauguration d’un espace sacré chez les Aztèques se traduisait par un sacrifice et un dépôt rituel. Lequel était une représentation du monde en miniature. C’était, de fait, un acte fondateur. La marque d’un changement de cycle. A l’occasion de l’arrivée d’un nouveau souverain, de l’élévation d’un monument voire d’une sculpture importante  on plaçait à l’intérieur ou dessous un dépôt d’offrandes et l’on faisait un sacrifice. Chez les Mésoaméricains, la mort est génératrice de vie. Il faut donc qu’il y ait mort pour que commence un nouveau cycle. Revenons à Teotihuacan. A-t-on une idée de ce que signifie chacun de ces dépôts ? Nous ne connaîtrons sans doute jamais leur signification. En revanche, nous parviendrons à définir comment était exécuté le rituel, qu’est-ce qu’il impliquait sur le plan des symboles, des artefacts présents, etc.  Ce qui est assez clair, dans le cas de la pyramide  de  la  Lune comme  dans  celle  du  Serpents à Plumes, c’est que la connotation guerrière est très importante. Les symboles sont liés à la guerre. d’ailleurs déformées de façon hétérogène, ce qui indique des pratiques différentes et des victimes ayant une origine culturelle différente. Par ailleurs, et c’est rare à Teotihuacan, six avaient les dents limées ou incrustées de pierres vertes ou de pyrite. Une technique réservée à une catégorie sociale d’un rang élevé.   Par exemple… Au-delà des parures et ornements divers, on retrouve un nombre important de pointes de projectiles et de fines lames d’obsidienne mêlées aux restes des prisonniers et des animaux (félins, canidés, serpents, oiseaux de proie) qui ont tous en commun d’être des prédateurs. Alors on peut se poser la question : était-ce pour célébrer une grande victoire ? Peut-être…. Ils agrandissaient le temple à cette occasion pour honorer le dieu qui avait rendu favorable l’issue du combat. On peut imaginer beaucoup de choses... Le dépôt de l’offrande 5 a réservé des surprises avec ces trois squelettes, ceux de trois hommes de 40 à 70 ans assis en tailleur. Apparemment des hauts dignitaires mayas… Là aussi les corps étaient affaissés sous le poids des pierres. Mais la position des os et l’état des articulations a permis de reconstituer le processus de dislocation pour conclure que ces hommes étaient assis en tailleur. Alors, effectivement, ils portaient de riches ornements qui sont nettement maya. En particulier, deux parures de jadéite assez imposantes avec de grandes perles en provenance du Guatemala et deux pectoraux typiquement maya, dont un était gravé curieusement d’un motif teotihuacain. Quant à la position des squelettes, elle n’est pas courante sur le site, mais c’est une façon d’inhumer qui se retrouve largement dans les tombes des Hautes Terres mayas, au Chiapas et au Guatemala. Toujours dans la pyramide de la Lune, l’offrande 6 comprenait 12 squelettes dont dix individus sans têtes… Oui, ce sont des corps de décapités. Ils pouvaient correspondre aux crânes découverts dans le dépôt 4 mais, à l’analyse, les os ne sont pas contemporains. On peut penser que les têtes manquantes restent à découvrir au sein de la pyramide. Que donnent les analyses ADN ? Pour l’instant, nous n’avons pas de résultats très concluants en raison des problèmes de conservation évoqués précédemment. L’ADN est fragile et se trouve dans la partie organique de l’os. Pour rendre ces études instructives, il nous faudrait disposer des éléments de comparaison, idéalement sur toute la Mésoamérique, pour raccorder les résultats obtenus à telle ou telle population. En revanche, des analyses ont été réalisées en considérant deux isotopes, l’oxygène 14 et le strontium, qui sont des marqueurs environnementaux. Le premier est sensible aux variations d’altitude et d’humidité et nous indique si l’individu habitait plutôt les basses terres ou la montagne. Le second reflète le substrat géologique du lieu. C’est une sorte de signature qui nous permet de savoir, par l’enrichissement de certains minéraux absorbés avec l’eau et plus généralement les aliments, où habitaient les individus étudiés. Cela nous a permis, par croisement, de montrer que la majorité des squelettes retrouvés dans les pyramides de Teotihuacan sont originaires d’autres régions que la vallée de Mexico. C’est pourquoi le plus vraisemblable est d’imaginer qu’il s’agissait de prisonniers. Majoritairement des hommes. Jamais de femmes… Pas dans la pyramide de la Lune. En revanche, les dépôts 16 et 17 du Temple du Serpent à Plumes ont livré, dans les années 90, les squelettes de huit femmes en position assise. Terminons justement par le Temple du Serpent à Plumes Les découvertes s’y sont enchaînées depuis les années 80. Jusqu’à la découverte  de fosses et de sacrifiés dont les corps sont déposés sur différents axes. Avec, au centre de la pyramide, le dépôt de 20 individus et une série de dépôts mis en place dans des fosses creusées en fonction des axes cardinaux et comprenant tantôt un seul individu, tantôt 4, 8, 9, 18 ou 20. Des chiffres et nombres qui font référence aux systèmes des calendriers rituel et solaire. Il faut souligner que c’est la fouille de la pyramide du Serpent à Plumes qui a révélé l’amplitude du sacrifice humain à Teotihuacan. Il y avait des indices de sacrifices via des représentations peintes de cœurs et de couteaux. Certains chercheurs affirmaient que c’était purement allégorique. Il est   clair   maintenant   que  cela  correspond  à  un  rituel  pratiqué  au niveau Le patio du Temple du Serpent à Plumes.   Teotihuacan en 5 actes... http://www.dailymotion.com/video/x76qki_teotihuacan-1-5_shortfilms © Claude Joulin