Chez les Mésoaméricains, la mort est génératrice de vie. Il faut donc qu’il y ait mort pour que commence un nouveau cycle Un certain regard sur l’exposition  Teotihuacan Cité des Dieux. Extrait de Un passionné nous ouvre son journal La salle Teotihuacan au musée national d’anthropologie (Mexico)     http://www.youtube.com/watch?v=d9gNQgfvz7I La Citadelle et le Temple du Serpent à Plumes http://www.youtube.com/watch?v=d9gNQgfvz7I les corps de la pyramide, au sommet des plans qui séparent les différents talus, les squelettes de quatre enfants. Un à chaque angle. Par ailleurs, différents artefacts ont été trouvés dont des tessons de céramique, mais rien d’extraordinaire. Pour l’instant… On sait désormais, depuis les fouilles de la pyramide de la Lune et du Temple du Serpent à Plumes, qu’il faut creuser à la base de la pyramide, sur les points cardinaux, pour trouver les dépôts d’offrandes… Cette connaissance est le fruit de votre expérience au sein de la pyramide de la Lune. Racontez-nous… La pyramide de la Lune est située à l’extrême nord de l’allée des Morts, sur l’axe principal - Sud-Nord - de Teotihuacan. C’est la raison pour laquelle mes collègues Rubèn Cabrera et Saburo Sugiyama se sont intéressés à ce monument entre 1998 et 2004. Partant de l’idée qu’en regard de son orientation et de son emplacement - sur ce grand axe qui structure l’ensemble de la cité -, la pyramide de la Lune avait dû probablement être érigée très tôt, voire tenir un rôle fondateur. Donc, ils ont commencé à creuser différents tunnels pour savoir si la pyramide avait été érigée en une fois ou si, au contraire, comme cela semblait probable, elle avait fait l’objet d’élévations successives. Ils ont ainsi découvert qu’il y avait eu sept étapes de construction. La dernière n’était qu’un réaménagement de l’apparence extérieure du monument, sans augmentation sensible de  son volume. De fait, c’est surtout à partir de la quatrième  étape et jusqu’à la sixième qu’on enregistre un agrandissement important de la pyramide. Ce qui n’est pas vrai pour les trois premiers édifices situés sous ce qu’on appelle à tort la « plate-forme adossée ». En réalité, cette « plate-forme » est constituée de la première pyramide et des deux aménagements postérieurs. Les architectes ont ensuite empilé les édifices à l’arrière de celle-ci. Pour quelle raison ? Probablement parce que la Place de la Lune était déjà bien délimitée et qu’elle avait son importance. En conséquence, il n’y avait pas d’autre choix pour augmenter le volume du monument que de l’étendre vers l’arrière. Revenons-en à votre contribution au sein de la Pyramide de la Lune… Leonardo López Luján, responsable des fouilles du Templo Mayor à Mexico, m’a écrit, en 1999, après les premières découvertes réalisées au sein de la pyramide de la Lune. Afin d’aider mes collègues Rubèn Cabrera et Saburo Sugiyama. Ils avaient trouvé, l’année précédente, un squelette humain dans un dépôt d’offrandes et venaient de dégager un nouveau dépôt contenant des ossements. Bref, il manquait un spécialiste de l’ostéologie et de l’anatomie humaine pour faire, sur le terrain, tous les enregistrements nécessaires. En même temps vous êtes archéologue… Je suis archéologue, mais ma spécialité porte sur les vestiges osseux humains dans leur dimension culturelle. On peut étudier ces mêmes vestiges dans leur dimension biologique (les maladies, les variations de la croissance, etc), mais, au-delà de ces études auxquelles j’ai bien sûr recours, mon travail est de comprendre les rituels auxquels ont été soumis les humains à travers l’étude des restes, en l’occurrence des os. Et donc j’ai travaillé sur les dépôts associés aux édifices 4, 5 et 6 de la pyramide de la Lune, le 7ème et dernier étant superficiel et très abîmé. Par ailleurs, il n’est pas certain qu’il y ait eu des dépôts, car c’est apparemment un recouvrement mineur.  Et vous, qu’avez-vous découvert ? Quatre squelettes ont été déposés sur l’édifice 3 juste avant la construction du 4ème niveau. Ceux de trois adultes en position allongés et celui d’un adolescent dont le corps était fléchi. Tous avaient les mains liés dans le dos. Certains étaient porteurs d’ornements en pierre verte et coquillages. On a retrouvé aussi, un peu partout, des restes de fibres éparses. Ces squelettes étaient recouverts par des ossements d’animaux, principalement des crânes et divers objets (strombes, pointes de projectiles…). Les os humains étaient en très mauvais état, comme la plupart de ceux retrouvés au sein des pyramides de Teotihuacan.  Nous n’avons pas retrouvé de traces de coups. Il n’a donc pas été possible de déterminer comment ces individus ont été tués à l’extérieur avant d’être déposés dans la pyramide… A moins qu’ils aient été enterrés vivants ? Certains l’avancent, mais je n’y crois pas puisque, par excellence, le but de l’offrande était de faire couler le sang lors de la mise à mort. De fait, il est très difficile de savoir ce qui s’est passé précisément.  Même s’il a été procédé à l’extraction du cœur, par exemple, les côtes sont dans un tel état que cela ne permet plus de le constater. Comment explique-ton cette mauvaise conservation des ossements ?   Tous ces ossements ont été soumis à une pression très forte. Les fosses dans lesquelles étaient placés les corps ont été remblayées avec du sédiment ou de lourds blocs de pierre qui les ont écrasés. Par ailleurs, la conservation n’est pas très bonne à Teotihuacan en raison des propriétés du sol. Oû se situent les dépôts d’offrandes au cœur de la pyramide ? Tous les dépôts sont sur l’axe central Nord-Sud en passant par le centre du monument. Ils ont été découverts en creusant un tunnel qui allait dans ce sens. Sait-on à quel moment ils ont été déposés ? Bien sûr. Par exemple, nous savons que le dépôt 3 a été mis en place quand ils ont construit l’extension vers le nord. Et tous les autres dépôts offrandes précédaient une nouvelle étape de modification ou de rehaussement du monument… Parlez-nous du dépôt 4 sur lequel vous avez travaillé. 17 crânes humains ont été retrouvés… Il a été mis en place entre deux couches de remblais. Nous avons  découvert 17  crânes  déposés  à l’horizontal, avec  mandibules et  vertèbres cervicales, plus la première vertèbre d’une 18ème victime dont le crâne était absent. On ne sait pas si cette victime a été décapitée, car l’os est trop mal conservé. Ce qui n’est  pas le cas des autres où l’on voit clairement des traces de décapitation. Donc, très clairement, ils n’ont déposé là que des têtes dont certaines étaient Qu’a-t-on trouvé lors des fouilles ? Leopoldo Batres, qui le premier à dégagé le monument en 1905, a trouvé  sur