Des forteresses énigmatiques aux portes de l’Amazonie Les rives de l’impétueux fleuve Cuyes en Équateur dissimulent en  partie des structures monumentales dont des forteresses précolombiennes. Selon vos travaux, elles seraient - pour certaines -, le fait de populations mixtes qui auraient inclus les redoutables Jivaros (Shuars). Comment êtes-vous parvenue à cette conclusion ? A l’époque précolombienne, l’Amazonie était plus peuplée qu’aujourd’hui (lire l’interview de Stéphen Rostain), mais elle était surtout occupée par des sociétés complexes et organisées. Contrairement à ce qu’imagine encore le grand public influencé par les théories des années 1950. Expliquez-nous… On croyait à l’époque que l’Amazonie était un espace assez homogène, tant du point de vue culturel qu’écologique, et qu’elle avait été peuplée de façon tardive – environ 500 av. J.-C. – depuis la sierra. Les chercheurs d’alors ne concevaient pas qu’il pouvait y avoir des populations plus anciennes, organisées sous forme de chefferies, par exemple, avec des manifestations de monumentalités ou des raffinements techniques ou technologiques. A leur décharge, il faut rappeler que l’Amazonie d’alors était impénétrable et que les exploitations forestières et pétrolières n’avaient pas encore fait leur œuvre. Tout change à compter des années 1960-1970. C’est l’époque où apparaissent les théories portant sur l’existence d’îlots écologiques au sein de l’Amazonie et de diversités de communautés biologiques. Les chercheurs découvrent qu’on y trouve plusieurs types d’environnements et de faune. La surprise vient des découvertes archéologiques de Lathrap et de J.Tello, au nord du Pérou.  Lathrap prouve l’existence de groupes culturels évolués qu’il date du premier millénaire avant J.-C. En Equateur, les observations et fouilles superficielles du Père Pédro Porras - un passionné d’archéologie - vont dans le même sens quand il identifie des structures monumentales, dont des forteresses, sur le piémont de la cordillère orientale, en Haute Amazonie… Comment se présentent ces forteresses ? La plus impressionnante est, sans conteste, celle de Trincheras. Il faut imaginer un éperon rocheux qui domine la vallée du fleuve Cuyes (canton de Gualaquiza, province de Morona Santiago). Traduire : « la vallée des Cochons d’Inde » car elle en aurait été envahie (selon la légende ! ) au temps de la Conquête. C’est là, à 1500 m d’altitude environ qu’est érigé, sur un à-pic, une structure centrale ronde, en pierres plates, entourée de rangées de murs hauts parfois de deux mètres et qui suivent l’orientation naturelle de la pente. Il a fallu une main-d’œuvre importante et agile pour escalader et construire – en portant les pierres extraites au pied de l’éperon – cet ensemble  quasi inaccessible. Je précise que, de forme elliptique, la forteresse mesure 178 m sur 184 m, et qu’elle est ceinte par une tranchée profonde de 2 m qui en retarde l’accès. La découverte in situ d’une pierre de bola (un projectile)  conforte l’idée qu’il s’agit bien d’un système défensif. En revanche, je n’ai pas trouvé la moindre présence d’eau. Ce qui n’est pas idéal en cas de siège… Effectivement, c’est une question. J’en ai beaucoup d’autres car la zone est encore largement inexplorée et la prudence s’impose avant de tirer toute conclusion. Sur le plan monumental, Trincheras est imposant, mais pas moins que le site d’El Cadi que certains qualifient de « cité perdue », construite par les Espagnols ou les pré-Incas en quête de matières précieuses et de l’or du fleuve en particulier. Cette structure d’habitats occupe une surface encore plus grande que Trincheras  avec 10 hectares de murs sur un espace plat. Rien que des chambres et des structures circulaires. De quoi loger plus de 1000 habitants. Vous citiez la Haute Amazonie. Où se situe-t-elle ? La cordillère des Andes est formée de deux cordillères séparées par ce qu’on appelle en Équateur le « couloir inter-andin ». Une région particulièrement fertile où sont implantées les grandes villes du pays dont Quito, Cuenca, Riobamba… Qui vient de la côte et souhaite rejoindre la Haute Amazonie doit franchir la première cordillère, puis traverser ce « couloir » en direction de l’Est, avant d’atteindre le sommet de la seconde cordillère. A partir de là, tout le territoire qui http://www.youtube.com/watch?v=YWFFMtiP_5g Un fleuve impétueux et dangereux... Vue de Ganazhuma. Moyenne vallée du fleuve Cuyes Le fleuve prend sa source dans la cordillère orientale Deux cordillères séparent la côte pacifique de l’Amazonie Vue de la haute vallée du Cuyes.  ©  Photo Catherine Lara  ©  Photo Catherine Lara  © Catherine Lara Catherine Lara Interviewes des chercheurs, abécédaire illustré, expositions, rencontres, sites, etc Anthropologue avec mention en archéologie de l’Université catholique de Quito, Master en archéologie de l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Docteur en Préhistoire de l’Université de Paris Nanterre Post-doctorante de l’UMR 7055 « Préhistoire et Technologie » CNRS/Université de Nanterre. http://www.archaeopress.com/Public/displayProductDetail.asp?id={434C8EB4-7289-4FFE-BA71-D9CE80CB27AB}