Le site archéologique de Cahuachi est situé dans le département d’Ica, à 18 km à l’ouest de la ville de Nazca et à 42 km de l’océan Pacifique, à 360 m d’altitude. Sur la rive gauche de Río Nazca un bosquet de huarango longe son front nord. Les Pampas de San José et d’Atarco avec leurs célèbres géoglyphes environnent le site, au nord et au sud. Le centre cérémoniel proprement dit se développe durant la première période Nazca (Nazca ancien, 50 av. J.-C. – 400, 450 ap. J.-C.). Néanmoins ses débuts remontent à environ 250 av. J.-C. Aujourd’hui inhabité, Cahuachi s’étend sur 24 km. On observe sur place du sable éolien et des sédiments d’origine alluviale qui recouvrent encore aujourd’hui très largement le site. Les fouilles archéologiques et la photographie aérienne permettent de distinguer une série de plates-formes, de pyramides et de monticules mêlés au relief désertique parsemé de collines. Les édifices les plus imposants occupent la zone centrale qui compte quatre constructions majeures, dont la Grande Pyramide et le Grand Temple. L’organisation architecturale de ces monuments délimite, d’une part, des espaces fermés réservés à un nombre restreint de personnes, ne permettant qu’une circulation réduite à l’intérieur des édifices ; et, d’autre part, des espaces ouverts, par exemple de vastes places situées dans les parties basses susceptibles d’accueillir de grands rassemblements. Mais que représentait Cahuachi ? Était-ce une capitale abritant une population importante ? Un centre « vide » occupé épisodiquement à l’occasion de cérémonies réunissant des paysans et des artisans dispersés dans les vallées du Bassin de Rio Grande ? Une capitale théocratique ? Il existe désormais une autre interprétation fondée sur l’analyse de nombreuses données archéologiques. À ce jour, l’analyse de la culture matérielle a démontré que, dès 50 av. J.-C., les Nazca présentent une organisation sociale complexe. Ils connaissent des hiérarchies internes et territoriales qui se reflètent dans le fonctionnement des édifices et dans l’organisation architecturale du centre politico-cérémoniel de Cahuachi dont dépendait un réseau d’établissements secondaires. L’architecture monumentale de Cahuachi et celle des établissements secondaires (Los Molinos, Estaquería, Usaka, Quemado, La Ventilla), le traitement funéraire socialement différencié, l’existence d’un commerce d’objets de luxe et un système de communication symbolique institutionnalisé grâce à un code iconique nous éloignent du modèle de chefferies « atomisées » proposé par certains auteurs. L’hypothèse d’un usage périodique et exclusivement cérémoniel du plus grand établissement nazca peut être écartée. En confrontant les données archéologiques à celles des Chroniques, il est apparu que la conception du centre cérémoniel « vide » et « isolé »  peut s’appliquer à des lieux sacrés telles des collines, des montagnes ou des pampas, mais pas à un établissement doté d’une architecture publique monumentale, comme c’est le cas de Cahuachi.  Un caractère purement théocratique de gouvernement ? Quant au caractère purement théocratique du gouvernement ou de l’élite résidant à Cahuachi, il est à reconsidérer. Les contextes archéologiques indiquent que le guerrier y tenait dès l’origine une place de choix. En raison de la codification symbolique propre à Nazca ancien, l’iconographie ne l’a pas toujours repérée, mais les fouilles l’attestent. Il faut donc envisager au sommet de l’Etat   Le centre cérémoniel de Cahuachi Capitale théocratique ? Centre de pélerinage ou centre politico-cérémoniel ? Photographie aérienne de Cahuachi Photo de l’Institut géographique militaire du Pérou, 1955, in Bachir Bacha 2007 Passage (1) donnant sur un escalier (2) qui conduit à la deuxième plate-forme de la Grande Pyramide de Cahuachi (fouilles Cisrap) © Photos Aïcha Bachir Bacha, 2004 Prospection archéologique Hélaine Silverman. Photo interprétée et dessin de José Pinéda. Dessin final de Michael Barnes Vue satellitaire de Cahuachi (Google Earth) 1 2 Interviewes des chercheurs, abécédaire illustré, expositions, rencontres, sites, etc