inscrite dans le désert péruvien Les géoglyphes de Nazca. Une symbolique   Aïcha Bachir Bacha Archéologue à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) Tout d’abord, situons les géoglyphes de Nazca… Ils se trouvent sur la côte sud du Pérou, dans le département d’Ica, à 400 km au sud de Lima. Il s’agit de lignes parfois longues de plusieurs kilomètres, de champs dégagés - campos barridos - et d’imposantes figures mesurant jusqu’à 200 mètres de long, aménagées sur les pampas situées entre les villes de Palpa et Nazca. Les géoglyphes sont concentrés dans les pampas de San José et d’Atarco. Ils marquent aussi les mesetas de Palpa et les flancs des collines qui longent le Rio de Nazca. Le choix de ces lieux n’est pas dû au hasard. Ce sont des lieux sacrés. Les pampas bordées au nord et au sud par des rios qui se rejoignent forment de grands tinkuy. Il suffit de consulter une carte (voir ci-après), pour les voir. Expliquez-nous... Dans les Andes, tinkuy en quechua et aussi en aymara signifie : rencontre, union de deux choses, de deux êtres. Un mariage,  mais aussi un combat rituel ou une bataille rituelle sont des tinkuy. Le Rio Ingenio au nord et le Rio Nazca au sud se rejoignent pour donner naissance à un grand tinkuy (voir carte) qui délimite un terrain sacré au sein duquel sont inscrits des géoglyphes. Dans les Andes, les aires situées au confluent de deux fleuves sont encore aujourd’hui considérées comme des lieux sacrés associés au culte de la fertilité.  Reste à prendre l’avion pour voir les géoglyphes… On peut aussi les distinguer depuis le sol. Si vous avez l’œil, vous pouvez voir fuir les lignes en pleine pampa. Déjà, au XVIe siècle, le chroniqueur Cieza de Leon mentionne des signaux tracés sur le sol visibles depuis les collines. En réalité, il suffit de monter suffisamment haut, sur une colline par exemple, pour voir des géoglyphes. Les figures aménagées sur les flancs des collines sont aussi visibles depuis le sol. Qui les a vus du ciel en premier ? A partir des années 1930-1940, c’est l’aviation militaire péruvienne qui survole les lignes et qui les photographie. Mais la découverte des géoglyphes par le monde scientifique revient à l’archéologue péruvien Toribio Mejía Xesspe qui mène des travaux sur les lignes Nazca dès 1926. Il  présentera ses résultats en 1938 au  27ème Congrès international des américanistes. Selon cet auteur, les lignes correspondent à un système de chemins sacrés – ceques - empruntés lors de cérémonies et de processions. Et à partir de là sont nées les plus folles théories… Pas tout à fait. Comme je l’ai dit, dans les années 1930, l’archéologue péruvien Toribio Mejía Xesspe explique le pourquoi des lignes et sa théorie est loin d’être fantaisiste. Les lignes constituent des chemins sacrés orientés vers des lieux spécifiques. Ces lieux sont aussi bien des montagnes que des aqueducs, mais aussi des cimetières et des sites archéologiques tels Cahuachi,  Estaqueria et Cantalloc, comme le soulignent les archéologues péruviens Carlos Farfan, Miguel Pasos et José Pineda en ce qui concerne Cahuachi. Vous ne citez pas Paul Kosok… Lui aussi fait partie des pionniers. Ingénieur en hydraulique il a travaillé dans la région de Nazca. Il s’est rendu compte qu’il prenait pour des canaux d’irrigation  ce qui étaient en réalité des figures et des lignes, dont certaines en relation avec la position du soleil au moment des solstices et des équinoxes. Pour Paul Kosok, les géoglyphes formaient le plus grand calendrier du monde. Encouragée par Paul Kosok, Maria Reiche a consacré sa vie à l’étude des géoglyphes, et en particulier à leur technique de traçage. Elle pensait que les géoglyphes avaient un lien avec l’astronomie et qu’ils étaient, pour la plupart, des instruments de mesure du mouvement des astres. Hier, certains auteurs dataient les géoglyphes Nazca de 20 ou 30 siècles. Sait-on précisément aujourd’hui quand ils ont été réalisés ?  Entre 200 avant J.-C. et 650 après. J.-C. Quelques géoglyphes plus récents seraient datés de l’époque  Huari,  selon  l’archéologue italien Guiseppe Orefici qui fouille le centre cérémoniel de Cahuachi depuis plus de 30 ans. Comment est-on parvenu à dater les géoglyphes ? Ce n’est pas une mince affaire que de dater les géoglyphes. Les tessons de céramique découverts sur les géoglyphes peuvent nous donner une idée sur leur chronologie. Mais cette méthode a ses limites car on ne distingue qu’un moment de l’utilisation du géoglyphe et non sa construction. Ce moment correspond au dépôt de la céramique souvent brisée sur place lors des   “Déjà au XVIe siècle, le chroniqueur Cieza de Leon mentionne des signaux tracés sur le sol visibles depuis les collines” 1 2 3 4 5 Aux nombreux tracés de type linéal ou géométrique (1) s’ajoutent de célèbres géoglyphes figuratifs parmi lesquels : l’araignée (2), le colibri (3), le singe (4), l’astronaute (5)     Photos : Claude Joulin © Interviewes des chercheurs, abécédaire illustré, expositions, rencontres, sites, etc